L’Internet des Objets peut-il sauver les abeilles ?

La technologie d’aujourd’hui peut-elle aider à résoudre les problèmes qui menacent l’humanité ? En d’autres termes, la question centrale de ce matin est de savoir si l’Internet peut aider les apiculteurs à réduire les pertes que leur occasionnent le varroa, les insecticides et autres calamités du monde d’aujourd’hui. Fort heureusement, la grande bibliothèque électronique de l’Internet est grande ouverte à tous les curieux équipés en nouvelles technologies.

A la fin de 2014, l’Internet comptait environ 3 milliards d’Internautes et probablement 400 millions de sites Web étaient accessibles. Si l’on réduit ces chiffres concernés par la langue française (5 % du parc), et en tenant compte de l’étroitesse du marché, environ 5 millions de sites en langue française seraient raccordés au Web (aucun chiffre officiel n’est disponible à ce sujet). L’interrogation de Google sur les deux mots clés choisis « abeilles » et « ruches » fournit 9 millions de réponses. Comme il n’est pas possible d’analyser l’ensemble, la recherche d’informations pertinentes s’est limitée aux 60 premiers sites annoncés. Ce sera déjà suffisant pour faire apparaître la difficulté du dossier.

En effet, l’Internet est un réseau mondial et les sites web utilisent une quarantaine de langues. De plus, le thème de la question posée se décline en variantes régionales qui n’ont pas toutes le même degré de préoccupation. Le butinage d’informations se perd souvent dans des voies sans issue. Beaucoup de sites résultent d’une construction artisanale où l’Internaute fait son miel d’informations très détaillées (mais toutes différentes) sur l’historique des ruches et la généalogie des variétés d’abeilles. Le bricolage au fil électrique et des aimants belges auront raison du varroa. Le commerce d’essaim, du matériel d’apiculture et des pots de miel est présent sur certains sites et plusieurs associations régionales se proposent d’aider leurs adhérents. Il est clair que les possibilités de l’Internet sont largement sous employées, car ces sites doivent tourner autour de 5 à 20 appels par jour, sauf exception. Nicolas Hulot serait en droit de blâmer ces dépenses inutiles en énergie.

Pourtant l’Internet des Objets entre en scène dans les ruchers et plusieurs sites proposent, chacun selon sa propre formule, la télésurveillance des ruches, soit au titre de propriétaire, soit en qualité  de « sponsor qualifié », par exemple sur le toit d’une entreprise ou d’un restaurant. Des capteurs sont associés à chaque ruche et le gestionnaire peut en contrôler ou faire surveiller à distance le positionnement GPS, le poids, l’hygrométrie, la température, l’humidité et la luminosité. Certains sites proposent aussi des vues en direct sur le rucher, le ronronnement des ruches et d’autres enfin, un système antivol par GPS et puce électronique.

Le modèle économique de l’IdO appliqué aux ruchers semble être assez loin de celui d’Uber ou des « Barbares ». Une société vosgienne aura en effet beaucoup de frais pour assurer la surveillance de ruches bretonnes ou parisiennes et les écologistes demanderont sans doute à ce que les capteurs utilisés soient alimentés à partir de sources en énergie renouvelable. Bien au contraire, le montage proposé ne permet ni d’obtenir un miel bon marché, ni de lutter efficacement contre les prédateurs des abeilles. La technologie Internet ne se révèle pas ici aussi efficace qu’elle peut l’être dans la recherche documentaire, la gestion des véhicules en mouvement ou l’aide à la conduite automobile, etc., parce que le secteur de l’apiculture est un trop petit marché disséminé sur des territoires très différents. Un jour, la belle période d’expérimentation de l’Internet s’achèvera et il faudra alors que chacun paie à son prix réel le service offert. Alors commencera réellement sur le terrain l’étude scientifique nécessaire à la survie des abeilles.

Bonne quinzaine et bonnes lectures

Daniel BATTU

Rédacteur en chef

PS – La Commission européenne (EFSA, European Food Safety Authority) organise un Séminaire sur la santé des abeilles, les 13 et 14 avril 2016 (Honey Bee Health) – S’inscrire avant le 20 janvier 2016 à l’adresse http://www.efsa.europa.eu/fr/events/event/160413

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