Bienfaits des techniques numériques et méfaits de l’économie numérique

Nos quotidiens regorgent de louanges en faveur des techniques numériques, qui dès demain, vont améliorer la santé des populations, enrichir l’esprit de la jeunesse par un vaste effort en  faveur de l’enseignement à distance, réduire le nombre d’accidents de la route avec la mise au point de voitures sans chauffeur et sans volant, etc. Des pages nombreuses sont consacrées à cet avenir vibrant qui ne peut voir le jour que par des investissements importants, que dis-je, colossaux ! Et chacun de conseiller à son gré cette démarche, tout en assénant de vigoureux arguments issus d’affirmations péremptoires sans fondements scientifiques rigoureux.

Le niveau de l’emploi et le PIB (le revenu national brut) seraient ainsi fortement majorés par un accroissement sensible des investissements dans le domaine des TIC, des réseaux en fibre optique et en 4G. Le « sottisier du numérique » s’enrichit ainsi de déclarations étonnantes en provenance de sources les plus réputées en politique, françaises ou internationales. La faute en est sans doute à l’enthousiasme effréné des secrétariats des bureaux de consultance les plus connus. Ainsi apprend–t-on que la sortie de la crise économique mondiale et le plein emploi ne peuvent être résolus que par les techniques numériques, lesquelles, « les statistiques le prouvent, font habituellement bondir le PIB ! ». Bien entendu, l’erreur vient de l’oubli du contexte qui a servi de support aux chiffres de la production, et aux statistiques elles-mêmes, qui n’ont qu’une valeur relative, et ne doivent pas être prises comme des preuves absolues. La fameuse « Courbe de Jipp », née chez Siemens et publiée par l’UIT dans les années 1970 à 1980, qui rapproche le PIB et le nombre d’abonnés par pays, n’a qu’une valeur indicative et ne vaut que pour les pays qui ont assez peu d’habitants. La signification du PIB n’a en elle-même qu’une valeur assez peu convaincante et les précisions du centième de point fournies à ce propos par des bureaux de consultance trop zélés touchent au ridicule.

La course au numérique est devenue une démarche inquiétante sur laquelle s’est penchée la dernière réunion débat organisée par l’IREST le 10 juin dernier sur le thème des nouveaux réseaux. Jean Michel Billaut estime que le numérique continue de bouleverser la création d’entreprise. Les nouvelles technologies constituent de ce point de vue, une formidable dynamique. Le numérique est plus une révolution des usages qu’une révolution technologique. Il conduit à la réorganisation du monde économique et industriel national au profit de la mondialisation. Il est fait remarquer à cette occasion que chaque filière d’activité défend son pré carré et freine l’usage des TIC – la presse, les taxis, la GEIDE, l’immobilier, le médical, la justice, l’administration, la conduite automobile, etc. constituent des exemples de cette opposition. Les étapes d’intégration du numérique sont par ailleurs longues à pénétrer le monde des entreprises. Les laissés pour compte de ces transformations économiques et sociales devront-ils organiser de nouveaux Etats Généraux pour survivre ? Les gagnants de cette évolution vers le numérique sont les propriétaires des plateformes d’application. Ils sont le plus souvent hors des frontières nationales, donc intouchables et le plus souvent exonérés d’impôts. L’utilisateur des services numériques est donc condamné par avance à soutenir les efforts des exploitants de réseau qui subsistent. Dans la chaîne des valeurs, l’économie numérique a ses préférences. Malheur aux vaincus !

Daniel BATTU

Rédacteur en chef

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