La France numérote ses villages et ses hameaux

Un bon organisateur doit connaître ses ressources. Pour dresser un inventaire, il commence par classer ses richesses et il leur attribue un numéro d’ordre selon des règles savamment étudiées. La responsabilité de la gestion du parc de voitures a été attribuée en France au Service des Mines et ce sont donc les Ingénieurs des Mines qui ont attribué les numéros des plaques « minéralogiques » des voitures. Il n’y avait rien de « minéral » dans cette affaire, sauf que le Service des Mines gérait les numéros attribués en fonction de l’importance du parc de voiture de chaque département. Comme les véhicules du département des Bouches du Rhône n’avaient ni plus ni moins d’accidents que ceux d’un autre département, personne n’a contesté la mise en place du suffixe 13 apposé sur la plaque des automobiles de Marseille. Certains prétendent que les Américains refusent d’habiter au treizième étage et que pour cette raison les architectes dessinent des douzièmes étages plus hauts que d’ordinaire. Les réglementations évoluent et les modes changent : aujourd’hui les plaques minéralogiques des voitures comportent des références plus complexes, faites de chiffres et de lettres.

Le plan français de numérotation téléphonique a été mis au point par des Polytechniciens, validé par l’ARCEP et publié dans un décret. Ces numéros français sont à 10 chiffres et ils sont traditionnellement référencés sous la désignation « EZABPQMCDU ». Hélas ! Hélas ! Il n’y a pas de coïncidence entre la numérotation des automobiles établie par les Mineurs et celle des téléphones filaires câblés par les Polytechniciens. La raison est liée au fait que la répartition départementale des automobiles et des téléphones n’obéit pas à une même loi. Tout ceci est d’ailleurs bientôt terminé, puisque le réseau téléphonique de Papy va disparaître au profit du réseau Internet, lequel utilise un adressage anonyme en 06 ou un adressage littéral agrémenté de la fameuse arobase (@) en escargot.

Il va nous rester, fort heureusement, la bonne numérotation postale, ou « code postal », étudiée scientifiquement par nos Enarques (ENA) qui se présente sous la forme d’un nombre à 5 chiffres, dans la forme canonique entérinée par l’UPU (Union Postale Universelle). Cette numérotation perdure, mais elle n’est pas suffisante, car il apparaît nécessaire de repérer tous les détails du paysage de la France profonde, y compris les chalets en montagne, les abris de stabulation bovine ou d’élevage avicole, sans aller toutefois à numéroter toutefois les ruches et les abris de jardin. (quoi que ?). Mais l’Internet des Objets nécessite de palier aux insuffisances des cartes de l’IGN (Institut Géographique national) et des systèmes GPS. En effet, les services de secours, les pompiers, les ambulances, les drones livreurs des pizzas surgelées ou de glaces, etc. et tout ce petit monde de l’Internet a besoin de repères auto désignés dans toute la France rurale.

Afin de pouvoir épouser numériquement son siècle, la France doit compléter en urgence sa signalétique rurale. Imaginez une commune de 3 000 habitants, riche de 140 lieux-dits reliés par un total de 280 km de route répartis sur 64 km carrés. Chaque lieu-dit abrite entre 7 à 12 habitants, ce qui représente plus de 2 000 panneaux à accrocher dans le bon sens d’orientation du parcours, après accords unanimes entre tous les contribuables locaux. La France profonde a donc besoin de plus de deux ans d’études et de réflexion avant de pouvoir présenter son plan de numérotation, conforme comme il se doit avec le PLU (plan local d’urbanisme). En effet, pour livrer une pizza (ou des crêpes) à domicile, le haut débit ne suffit pas. Il faut numéroter avec soin et avec logique tous les bâtiments de tous les lieux-dits dans toutes les 36 000 communes de France.

Au travail et bon courage ! Bonnes lectures du Webzine et Joyeuses Pâques !

Daniel BATTU

Rédacteur en chef

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