La loi Macron ne veut pas de lanceurs d’alerte

L’actualité récente a rappelé qu’en France, la fonction de lanceur d’alerte demeure encore indésirable. Ainsi, malgré les acquis républicains chargés de 225 ans d’histoire, la personne qui estime détenir des informations utiles à la société ou à l’économie, n’est pas autorisée à les diffuser, même de façon désintéressée. Fort de cette jurisprudence très démocratique, nous ne consacrerons donc jamais un éditorial à un quelconque lancement d’alertes préjudiciables à la liberté d’expression du site du Smart-webzine, et nous nous contenterons de vous entretenir d’informations techniques récentes du domaine des réseaux.

La première information de taille à retenir est celle qui concerne notre Internet, ce réseau qui est à l’origine de nos inquiétudes du fait l’absence de sécurité des échanges qu’il permet. Déjà, l’an dernier, l’ouvrage « Nouveaux réseaux de télécoms – Entreprises et Sécurité » (iSTE & Wiley Editions) avait mis en garde les utilisateurs du NGN (voir page 240), rappelant la nécessité d’un réajustement technique des protocoles de réseau. Sur ce thème, dans une interview récente accordée à l’Expansion/l’Express, Louis Pouzin confirme ses prises de positions antérieures. « Internet est construit sur un marécage », dit-il et il faut espérer que les travaux actuellement en cours donneront lieu à une refonte de son architecture pour laquelle l’Europe pourrait avoir un rôle à jouer dans les cinq à dix prochaines années (projet appelé Rina (Recursive Inter Network Architecture). Amis lecteurs, soyez donc patients ! L’Internet nouveau est en chemin ! Ne vous précipitez pas dans de nouveaux services innovants sans avoir en tête que, demain, Internet aura un nouveau visage !

La seconde information importante de ce mois est celle qui concerne les sourds et les malentendants qui sont menacés de ne plus pouvoir être en mesure d’utiliser des prothèses auditives radio. Grâce aux moyens techniques mis à disposition par l’Ofcom britannique, une étude a été menée sur la compatibilité radioélectrique qui existe entre les appareils auditifs fonctionnels (ALD, Assisting Listening Devices), les implants cochléaires et les périphériques Bluetooth, lesquels fonctionnent tous les trois dans la bande de fréquence réservée aux travaux scientifiques ISF (industriel, scientifique et médical) de 2,3 à 2,4 GHz.

Le rapporteur de cette question en étude à l’UIT-T, précise que parmi les implants cochléaires, ceux qui ne mettent pas en œuvre des dispositifs radio ne sont évidemment pas concernés par les interférences, mais ceux qui en utilisent le sont totalement. La proximité d’un téléphone mobile ou d’un amplificateur ALD provoque en effet soit l’arrêt total de communication radio, soit des interférences désagréables. En fonction du «bilan de liaison » ou de la distance sur laquelle le lien radio doit être établi, une réduction de la portée d’environ 33% est constatée.

Le système Bluetooth réagit d’une manière similaire à celle des ALD radio, mais dans certain cas, il apparaît plus robuste, et il est possible qu’une bande de garde de fréquence de filtrage protège le système. Les interférences se produisent lorsque:
1. Un téléphone mobile ou système mobile utilise le spectre de fréquences 2,3 à 2,4 GHz,
2. Ou qu’un téléphone mobile ou un répéteur se trouve à moins de 5 à 10 m d’un ALD.

L’Ofcom britannique estime qu’aujourd’hui, il existe une «faible probabilité de brouillage », mais au fur et à mesure que le nombre de téléphones mobiles en service augmentera, la probabilité d’interférences va croître. Ce sujet technique est difficile à appréhender et à expliquer aux utilisateurs, car le brouillage des ALD et des périphériques Bluetooth demeure aléatoire et obscur pour les utilisateurs. La nature même des téléphones mobiles fait que ceux-ci sont principalement utilisés en position adjacente à l’oreille de la personne. L’utilisateur ne sait pas s’il est seul à utiliser le spectre disponible ou si ce dernier est copartagé avec les passants de son voisinage. Il ne sait pas lui-même, si marchant dans la rue, son téléphone ne perturbe pas le fonctionnement des appareils ou des périphériques qui se trouvent à proximité des fenêtres qu’il côtoie.

Les personnes qui utilisent des dispositifs médicaux d’assistance auditive rencontreront de plus en plus de perturbations dans l’usage des terminaux téléphoniques compatibles avec cette bande de fréquence 2,3 à 2,4 GHz qui leur avait pourtant été réservée. Le système Bluetooth est actuellement mis en œuvre dans de nombreux dispositifs (téléphonie mobile, ALD, accessoires de voiture, lecteurs de musique). Les interférences aléatoires vont donc se multiplier et resteront imprévisibles et inexpliquées.

Les conséquences fâcheuses de ce problème technique peuvent être réduites, à condition d’incorporer une certaine forme de filtrage dans les systèmes Bluetooth, dans les dispositifs médicaux et les ALD, si toutefois l’espace physique et la puissance disponible de la batterie le permettent. Les résultats de mesures effectués montrent que les interférences constatées dépendent de la distance relative entre la victime et le brouilleur. L’affaiblissement du signal reçu de l’ordre de 25 à 35% peut constituer un problème majeur dans le cas de l’emploi des ALD dans les écoles et le soutien sportif en plein air (coaching) où cela risque de provoquer une confusion ou des problèmes de sécurité pendant la séquence de travail. Déjà signalée à plusieurs reprises et sans succès auprès des nombreuses autorités compétentes, cette question devrait être à nouveau évoquée à la réunion mondiale de la WRC prévue en fin d’année 2015.

Par ailleurs, le public pourrait simplement perdre confiance dans une technologie mal conçue dans le cadre d’usages fortement généralisés. Tout comme les systèmes radioélectriques conçus pour les malentendants, le système de communication édifié sur Internet se révèle fragile et non sécurisable. Il ne faut pas le répéter, puisque la loi Macron l’interdit, mais il faut le savoir et en tenir compte.

Dans le passé, les Administrations avaient la responsabilité de faire en sorte que les usagers du service public puissent bénéficier d’une bonne qualité de service. Aujourd’hui, la réglementation est découpée entre plusieurs entités qui n’ont pour objectif que l’expansion des services réclamés par le marché. La notion de responsabilité s’est émiettée le long des méandres internationaux.

La technologie de la communication doit sans cesse progresser. C’est pourquoi les premières réalisations de réseau numérique mondial, bâties rapidement sur un marécage, poussent comme du chiendent, mais elles s’amélioreront constamment au cours des siècles. Soyons donc patients ! www.itu.int/ www.ofcom.org.uk/ www.agoravox.fr/  www.transparency-france.org/  www.asso-sherpa.org/

Bonne lecture du Smart-Webzine

Daniel BATTU

Rédacteur en chef par intérim

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