Les indiscrétions de la carte d’identité électronique

eID Card autistesLe caractère personnel des informations contenues dans la carte d’identité électronique pose des problèmes inattendus. Si le groupe social tient à savoir qui est M. Durand, celui-ci n’est pas toujours disposé à faire savoir qui il est. Et d’ailleurs, sait-il lui-même en quoi il se différencie de ses semblables ? Cette question très existentielle est aujourd’hui mise sous les feux de l’actualité à l’occasion des multiples usages proposés par la carte d’identité électronique.

La carte nationale d’identité n’est pas obligatoire dans tous les pays du monde. Le Danemark, l’Irlande et le Royaume-Uni n’en ont pas encore instituée. D’autres pays, plus dynamiques, ont créé une carte d’identité qui joue le rôle de carte de sécurité sociale, de carte de santé, de carte de contribuable, de carte bancaire et de carte d’électeur. La sécurisation de ce document constitue une préoccupation majeure qui s’explique par des préoccupations d’ordre personnel ou collectif (mouvement de populations, terrorisme) et par les droits multiples attachés à sa détention. Le groupe social veut à la fois se protéger des intrus et défendre les faibles. Cette situation paradoxale exige de la « eID Card » une technologie de haute sécurité et créée des réactions inattendues dans plusieurs pays.

Aux Etats-Unis, la carte d’identité créée pour aider les handicapés autistes dans leur vie quotidienne a soulevé des oppositions du fait de la création implicite de situation d’apartheid qu’elle revêt. La réaction peut sembler inattendue, mais même en expliquant le bien-fondé de la mesure, des réactions négatives ont été enregistrées.

De même, certaines communautés africaines et indiennes se sont opposées à ce que l’indication du sexe du titulaire soit portée sur leurs e-ID Cards. Surprise, surprise ! Après enquête, il s’avère que l’expression des motifs de ce litige varie selon les pays. D’abord, le fait de la bi-sexualité (ou de la non sexualité) demeure incompréhensible pour une grande majorité de la population (surtout chez les Blancs). Ensuite, il faut traiter le cas des personnes qui peuvent être amenées à changer de sexe au cours de leur vie, soit en raison de l’évolution naturelle de leur corps, soit en fonction d’autres phénomènes. Et comme il s’agit de questions délicates qui peuvent heurter la sensibilité de jugement, les solutions proposées varient selon les pays et les contre-propositions abondent.

Certains pays nient la possibilité d’un changement de sexualité de leurs administrés et ils n’entendent pas ouvrir de débat ou de dénombrement à ce sujet. Pour d’autres, plusieurs catégories de « trangendres » sont à considérer (le Royaume-Uni envisage huit catégories), mais il conviendrait de préciser la terminologie à utiliser. Qu’est-ce qu’une personne « transgendre » ? Faut-il parler de « troisième sexe » ou de « sexualité neutre » ? Comment doit-on définir l’identité sociale de ces personnes ? Certains estiment que pour garantir leur sécurité et leurs droits civiques, il ne faudrait pas classer les homosexuels et les transsexuels dans la catégorie des « transgendres ». D’autres évoquent aussi le cas mystérieux et non conventionnel des “queer.” (?)

Devant la complexité de ce thème, des solutions simples ont pourtant été mises en œuvre dans plusieurs Etats des Etats-Unis, où la carte d’identité ne fournit aucune indication. De sorte que le soir chaque étudiant peut rejoindre le dortoir de son choix sans qu’un contrôle ne soit nécessaire. En Israël, toute personne peut faire modifier son appartenance sexuelle sur sa carte d’identité sans avoir à fournir de justification médicale auprès des services de l’état-civil. Une simple déclaration suffit !

Comment résoudre cette quadrature du cercle avec un système binaire qui ne connaît que deux états possibles de classement ? La question demeure difficile, car l’Etat cherche le plus souvent à protéger les personnes vulnérables contre leurs prédateurs potentiels. Les « transgendres » recensés en Inde préfèrent l’anonymat en ville et ne veulent pas bénéficier de mesures discriminatoires favorables qui permettraient à leurs employeurs ou aux agences de location de tirer un avantage de leur situation. D’autres « transgendres » préfèrent ne pas être recensés afin d’éviter le risque de brimades. La mise en place de services numériques impose des études sociologiques préalables. Car le statut de la carte d’identité révèle les peurs profondes des peuples. Voir aussi www.jta.org/2015/ http://fusion.net/  http://timesofindia.indiatimes.com/ www.autismdailynewscast.com/

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