L’informatique pour tous, rêve ou réalité ?

L’ordinateur, selon l’étymologie, est l’outil qui permet de tout organiser autour de nous, nos métiers et même nos vies personnelles ou sociales. Dans le même esprit, l’informatique est une technologie qui, devrait en principe, être à même de mettre à notre disposition les moyens de communiquer et de nous informer de la façon la plus simple, la plus ergonomique et sans doute la moins coûteuse et la moins polluante. Voilà, exprimés par ces définitions, les beaux rêves des citoyens du XXème siècle ! Au XXIème siècle, il faut déchanter, car la réalité est tout autre. L’informatique est complexe et l’ordinateur est un outil qu’il faut apprendre à maîtriser et souvent, tout seul, car l’aide en ligne ne permet pas tout ! Pourquoi ce décalage entre les belles visions d’avenir et les réalités ?

Pour les grandes entreprises, la méthodologie utilisée pour la mise en place de l’informatisation suit une ligne rigoureuse qui se limite à la dimension de l’activité considérée et respecte donc le souci des théoriciens. Aucun problème n’est rencontré puisque l’on travaille dans un périmètre qui a été délimité au préalable. Par contre, dès que l’on sort de la mono activité et que l’on aborde des activités complexes non répertoriée par la théorie, c’est l’enfer et chacun cherche à résoudre des équations probablement insolubles. La tête n’arrive pas à suivre les jambes, à moins que ce ne soit l’inverse. A ce propos, Christophe Bis évoque, dans l’Usine Digitale, en référence à l’analyse publiée par l’organisme de formation Cegos (*), les paroles de la chanson d’Annie Cordy des années 1970 « La Bonne du Curé » « Je voudrais bien, mais je n’peux point ! », qui traduit le désarroi des DRH quand ils parlent de numérique. Apportons quand même une nuance à propos de cette plaisante remarque : l’action jugée impossible ici par les DRH ne vient pas de règles d’ordre moral, mais de la complexité prise par l’informatique dès que celle-ci sort des ornières tracées par la théorie organisationnelle. Citons quelques exemples notoires à ce propos.

La plupart des professionnels de l’informatique ont le sentiment que la complexité croissante de l’environnement informatique, la rigidité des logiciels de gestion, la virtualisation et l’absence de flexibilité dans la surveillance du réseau rendent l’accomplissement de leur travail plus difficile. La transformation digitale introduit un conflit de temporalités majeur. Pour organiser l’avenir et réussir à « s’approprier ses sujets », les DRH doivent prendre le temps de l’analyse, ce que ne permettent pas les contraintes de temps et la réglementation (**).

Pour Nicolas Manson, auteur de l’ouvrage « L’infotechnocratie. Le déni de complexité dans l’informatique » (Hermes Science Publications), chaque développement informatique construit une solution unique, qui nécessite des connaissances et des savoir-faire rares et donc désavoue le modèle industriel de la fabrication en série.

Les tout nouveaux responsables du numérique (CDO, pour « chief digital officers ») sont chargés de définir et de mettre en œuvre une stratégie globale afin d’aider l’entreprise dans sa transition numérique, pour la totalité, ou pour un segment d’activité défini, par exemple, l’e-marketing, les médias sociaux, ou les ressources humaines. Catalyseurs ou accélérateurs de projets existants, les CDO doivent tout inventer : leur métier, leur rôle, leur équipe, leurs projets, leurs méthodes, leur stratégie, leurs outils, principalement à l’aune des codes du secteur numérique (Usine nouvelle). Réussiront ils dans cette mission ?

La plupart des domaines de notre vie doivent être aménagés pour s’adapter à l’intrusion du numérique, et l’association « France Digitale » confirme  à ce propos qu’aucun parti politique particulier considère le numérique comme une principale priorité principale. C’est donc une affaire qui nous concerne tous, jeunes et moins jeunes, avec ou sans emploi (y compris les seniors expérimentés). Placer le numérique au centre suppose ne plus travailler selon la structure traditionnelle en silos. Il faut ouvrir les fenêtres et faciliter la collaboration dans le cadre d’une hiérarchie allégée et moins élitiste.

Ce qui, à propos de notre monde franco-français, nous remémore hélas, la ritournelle d’Annie Cordy: « Je voudrais bien, mais je n’peux point ! ».

Bonne quinzaine et bonnes lectures sur le Smart-Webzine !

Daniel BATTU

Rédacteur en chef

http://static.cegos.com/  www.usinenouvelle.com/  www.francedigitaleday.com/

 (*) Etude de l’Observatoire Cegos à partir d’un échantillon de 960 salariés  et de 245 DRH des secteurs public ou privé (juin 2016).

(**) Etude Ipswitch 2016

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