L’Internet des Objets, ou la construction, sans architecte, d’un trop grand navire

Il fallait lancer un beau et grand projet d’avenir pour faire rêver les investisseurs et les grands capitaines d’industrie. Et surtout, il ne fallait pas oublier les incantations de science-fiction autour de la myriade de conséquences miraculeuses et variées qu’allait apporter dans son sillage l’Internet des Objets. Aujourd’hui, à l’image nos amis américains, nous pouvons nous poser la question : « Pourquoi est-il si difficile de supprimer les mauvais projets ? » [1]

Sans doute tout simplement parce qu’ils sont trop largement dimensionnés et parce que personne encore ne maîtrise cette fameuse intelligence artificielle qui, dès les premières annonces, aurait pu inciter à la prudence. Tout n’est pas perdu, certes, dans ce dossier de l’IoT, mais chacun découvre aujourd’hui qu’il y a loin de la coupe aux lèvres et qu’il va falloir jouer les synergies pour réduire la voilure.

L’IoT met en jeu la réalisation de nombreuses familles de composants dont le prix de revient, du fait de leurs variétés, devrait être supérieur aux prévisions initiales. On parle même de prix pharaoniques ! Ensuite, l’Usine Nouvelle signale que le thème de la sécurité des objets connectés préoccupe autant les industriels que les futurs utilisateurs. Pour renforcer celle-ci, sept entreprises AT&T, IBM, Nokia, Symantec, Palo Alto Networks et Trustonic ont créé le consortium « IoT Cybersecurity Alliance » dont l’objectif vise à éduquer les consommateurs et les entreprises et à participer à la rédaction de normes dans les nombreux domaines d’application concernés: véhicules connectés, smart city, IoT industriel, matériel médical, produits de grande consommation et aussi de nombreux gadgets destinés à tester le marché. Cette Alliance rejoindra sans doute à cette occasion une pléthore de groupes existants, dont l’Industrial Internet Consortium, le Thread Group, l’Internet of Things Consortium, etc.

Deux ans après la diffusion d’études de marché très prometteuses, au grand désespoir des fabricants, les nouvelles catégories de produits n’ont toujours pas trouvé leur public et même les grands acteurs industriels sont obligés d’avouer leur échec et contraints à rechercher de nouvelles stratégies pour séduire les utilisateurs. Beaucoup d’objets n’ont pas été conçus pour accepter des mises à jour régulières à distance. Cet échec commercial ne ralentit pas le dynamisme des jeunes pousses, mais devrait conduire à regrouper les efforts.

Car en effet, la palette de systèmes de communication radioélectrique disponible pour l’IoT paraît abondante. Les technologies LTE-M, LPWA, 5G, Wi-Fi, ZigBee, Bluetooth, LoRaWan, Sigfox, etc., présentent toutes des originalités irremplaçables. Elles sont associées à des composants et des plateformes de routage prêts à l’emploi. Il faut donc trouver un marché ! Et les acteurs du domaine des composants, tels qu’AMD, ARM, Intel, Qualcomm, parmi d’autres, y travaillent.

Le projet européen « Autopilot », relié au programme européen Horizon 2020, vise à permettre une conduite automatisée plus sûre des véhicules grâce aux objets intelligents et à l’Internet des objets. Pour sa part, avec la gestion simplifiée des abonnements de location de voitures, KDDI est bien positionné pour prendre une avance dans ce segment de marché de l’IoT relativement nouveau.

Mais, beaucoup de questions se posent à l’occasion de l’implantation du nouveau quartier général Watson IoT d’IBM à Munich, à proximité d’un centre Microsoft. Ce centre de collaboration, aménagé avec Siemens, est censé aider les clients d’IBM à tirer profit de l’Internet des objets. Avec BMW en décembre 2016, d’autres grandes entreprises se sont installées dans cette tour IBM : BNP Paribas et Cap Gemini, l’allemand Schaeffler, l’indien Mahindra-Tech, l’américain Avnet et bien d’autres. IBM proclame sa volonté d’ouverture et le besoin de construire  un « écosystème » complet pour accompagner ses 6 000 clients IoT dans le monde. En mars 2015, IBM avait annoncé investir plus de 3 milliards de dollars dans ce domaine.

Faut-il voir dans cette initiative d’IBM la volonté de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ? Ou une stratégie de prise en mains de l’ensemble mondial des études de l’IoT ? Il est certain qu’un ensemble de dossiers aussi diversifiés nécessite un chef d’orchestre soucieux de tous les détails reliés aux plans techniques et commerciaux. Alors ? Tous les grands projets ne sont pas obligatoirement condamnés à échouer ! www.challenges.fr/ www.vipress.com/

Daniel BATTU

Rédacteur en chef

[1] Why Bad Projects Are So Hard to Kill – Havard Business Review

https://hbr.org/2003/02/why-bad-projects-are-so-hard-to-kill

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