L’Internet, élément de l’évolution technique, change le monde social et politique

Il y a vingt-cinq ans, nous avons applaudi à l’émergence de ce réseau mondial bon marché, reliant les cinq continents avec le même protocole de transport pour la voix, les données et l’image. Il est devenu à la fois le vecteur et le symbole de la liberté d’expression, malgré ses faiblesses en sécurité. Le slogan de la « neutralité du Net » et le refus d’une gouvernance oppressive ont fait cependant de ce transport d’information indispensable le pire démon dont souffre l’humanité, à l’image de la symbolique évoquée par les langues d’Esope. La technique a changé les paramètres des vies sociale et politique, aussi bien à l’échelon national qu’au sein de la cellule familiale.

Récemment, le sociologue Dominique Wolton fulminait contre le mauvais usage des outils de communication, évoquant le caractère « antisociétal » que pouvait parfois prendre l’Internet consommé de façon immodérée (*). Ce mois-ci, c’est Godefroy Beauvallet, Vice-Président du Conseil National du Numérique qui pose la question de la « bonne » gestion économique et démocratique sur le plan national, des plateformes lesquelles, depuis l’étranger, nous fournissent en applications et en services (**). Les deux visages de l’Internet, le bon et l’utile, fait face au mauvais, perfide et dominateur, sans qu’il soit possible de séparer à l’avance, par la technique ou par un juridisme adapté, le bon grain de l’ivraie.

Mais c’est la spécificité même de l’Internet et sa capacité à appréhender le maximum de clients avec la même plateforme pour un prix relativement bas qui conduit à cet état de chose. Sa technique lui permet de dominer le marché, d’écraser la concurrence et de faire en sorte que le plus riche devienne plus riche encore. Les GAFAM, mille fois vilipendés par les médias, répondent pourtant à une certaine demande du public. Pourquoi en feraient-ils plus, puisqu’ils couvrent largement tous leurs frais ? La réduction récente des participations financières des annonceurs change pourtant les paramètres, et l’Internaute perçoit bien aujourd’hui la baisse du niveau de qualité de service. Wikipédia, comme plusieurs sites participatifs renommés, réduit sa surface et réclame un soutien financier. De même, la version numérique de la presse en ligne se dégrade et l’Internaute en détresse se heurte à un service d’aide aux lecteurs qui est inscrit aux abonnés absents ou attribue les erreurs de ses logiciels aux incompatibilités des navigateurs, cookies et autres plugins des Internautes.

Quant à la vente en ligne, c’est souvent un gendarme du SAV (service après-vente) qui est aux manettes (ou un robot) et qui répond au service de soutien aux consommateurs avec un punchingball. Voici un extrait de message reçu par le Réseau anti-arnaques (RAA) à l’occasion d’une plainte d’un client (décollage de la semelle d’un chausson neuf). « Il arrive souvent que des consommateurs fassent un usage « intensif » de nos pantoufles, étant donné leur robustesse (bricolage; jardinage…) alors qu’il ne s’agit jamais que d’articles d’intérieur non prévus à ces effets. De même, une bonne partie de notre clientèle peut être considérée comme « sénior », avec des pieds que l’on peut considérer comme « sensibles », c’est à dire fatigués, déformés, entrainant une marche très « frottante », altérant de manière précoce la gomme en contact avec le sol. Comme nos produits ne sont au total que des charentaises, il se peut qu’elles se détériorent de manière anticipée, malgré leur qualité reconnue,…etc. ».

L’Internet de demain sera encore conduit par des entités plus riches que les riches d’aujourd’hui. La technologie est faite ainsi et le dominant achète à crédit son rival le plus proche, sans souci des obligations dues à la clientèle ou à de vagues notions démodées de service public que le temps a fini par effacer des mémoires des cercles politiques. La république de l’Internet ne sera égalitaire que pour les couches basses de sa clientèle. Le capitalisme de masse obéira à cette nouvelle loi imposée par la technologie. La société de demain devra composer avec l’un et avec l’autre.

Bonnes fêtes de fin d’année et rendez-vous toujours sur le smart-webzine !

Daniel BATTU

Rédacteur en chef

(*) « Communiquer, c’est vivre », Editions du Cherche Midi – Cité par Le Télégramme dans son numéro 22170 du 15 octobre 2016, suivi de notre Editorial paru sur le Smart-webzine du 15 novembre 2016.

(*) http://rue89.nouvelobs.com/2016/12/10/loyaute-plateformes-daccord-loyaute-a-quoi-265869

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