m-POS : quels repères face à une déferlante à venir ?

Hugues Courcier

Les offres de « mWallet » et les nouveaux moyens d’acceptation de transaction cartes via le canal mobile bouleversent le paysage du paiement. Acteurs,  technologies, modèle d’affaires… un état des lieux du m-POS s’impose.

par Hugues Courcier – SVP Business Development Europe 4GSecure / SCCP Group

Le paiement connait deux mutations de fond depuis plusieurs années. D’une part avec l’arrivée et le déploiement de projets de paiement mobile côté émetteurs, avec des offres de « mWallet ». C’est la mise à disposition de moyens de paiement intégrés au smartphones ou aux Tablets, côté consommateur. Ainsi les grandes banques françaises ont lancé leurs solutions tels que Kix, S-Money, Kwixo… Les grandes banques européennes ne sont pas en reste, et les enseignes de distributions, les marques et même les agrégateurs de marchands lancent des portefeuilles de paiement mobile.

D’autre part avec la nouvelle mutation du paiement mobile côté accepteurs, avec des solutions m-POS. Il s’agit de la transformation de smartphones ou de tablet en terminal de paiement pour le commerçant. En effet l’arrivée de nouveaux moyens d’acceptation de transaction cartes via le canal mobile (le m-POS) semble bouleverser l’ordre établi depuis des décennies par les Terminaux de Paiement Electroniques (TPE) classiques. Depuis le lancement de Square sur le marché américain en 2010, il ne se passe pas une semaine sans l’annonce de l’arrivée d’une start-up sur le marché du m-POS en Europe ! En effet avec l’acquisition de plus de 10 milliards USD de flux bancaires et 3 millions d’utilisateurs inscrits, le nouveau filon peut faire rêver de nombreux entrepreneurs.

Mais nous sommes en droit de nous poser quelques questions sur ce nouveau canal d’acceptation de transaction cartes avec des smartphones ou des Tablets. Qui sont les acteurs du m-POS ? Quels sont les positionnements de ces acteurs sur le marché ? Quelle technologie utilisent-ils ? Quid de la sécurité et des certifications ? Et enfin avec quel modèle d’affaires?

1. Quels sont les différents positionnements des acteurs du m-POS ?

La grande majorité des acteurs du m-POS se positionne comme agrégateur de marchands. Cela signifie qu’ils doivent être adossés à une banque acquéreuse pour traiter leurs flux bancaires, puis qu’ils signent un contrat en direct avec les marchands et surtout, qu’ils assument les risques liés aux transactions frauduleuses. C’est ainsi que les plus gros tels Square, Izettle mais aussi de plus petits comme sumup, streetpay, smile&pay etc … investissent beaucoup dans l’acquisition de marchands afin d’acquérir un maximum de transactions.

Comment les banques se positionnent-elles face à cette pression du marché ? Les banques françaises regardent avec beaucoup d’attention les réussites de ces agrégateurs de marchands qui commencent à marcher sur une platebande qui était leur chasse gardée depuis des décennies. D’autres banques Européenne ont déjà lancé des solutions de m-POS, mais en mode expérimental et sans grand respect de certaines règles émises par les réglementations locales (schemes). D’autres banques Asiatiques ou Russes ont déjà transformé des pilotes intégrant quelques centaines de marchands en solution phare à déployer sur 2013 pour transformer des transactions en espèces en transactions « carte présente » et ainsi doper la profitabilité de leur activité de cash management.

2. Quelles technologies utiliser et quelles certifications posséder pour opérer en France ?

Les solutions de m-POS sont des solutions d’acquisition des transactions « carte présente ». Il n’est pas possible dans le cadre d’une transaction en face à face et dans le cadre d’une transaction de proximité de demander à un commerçant de réaliser une transaction de vente à distance (c’est-à-dire comme sur internet). Cela est un non-sens juridique, cela fait prendre des risques importants au commerçant et cela est totalement interdit par l’ensemble des schemes Visa/MasterCard/CB en France.

Focalisons-nous sur le marché européen et français en particulier. Les transactions « carte présente » doivent obligatoirement être des transactions Chip&Pin. En particulier, la saisie du code secret (PIN) doit impérativement être réalisée sur un boitier séparé du téléphone mobile.
Ainsi les acteurs du m-POS doivent être en mesure de déployer un matériel Chip&PIN certifié par Visa et MasterCard, qui doit répondre aux normes « EMVco level 2 » pour l’Europe et qui doit être PCI PTS 3.0 (une certification technique décrivant les échanges bancaires cryptés en mode « carte présente »). Enfin l’ensemble de la transaction doit être certifiée et encryptée de bout-en-bout. Ce matériel communique avec le smartphone du commerçant via une application mobile, qui envoie la transaction cryptée directement aux serveurs d’acquisition de la banque.

A notre connaissance aujourd’hui aucun agrégateur de marchands en Europe n’est en mesure de proposer une solution 100 % certifiée.

Il reste, pour les banques, la possibilité de déployer des solutions « maisons » ou d’agréger des briques technologiques pour lancer leur solution de m-POS. Cela peut être long et couteux… C’est la raison pour laquelle des acteurs comme 4GSecure, filiale du groupe SCCP – identifié comme « unique » dans son secteur selon le site pymnts.com ont développé, fait certifier et breveter des solutions technologiques permettant aux banques de déployer un service de m-POS en quelques semaines. Des fabricants des terminaux (Miura, Tycon, Ingenico / Roam Data, etc …) ont lancé des boitiers présentant les certifications nécessaires pour opérer en Europe.

Désormais, l’offre matérielle existe, et elle est disponible.

3. Le modèle d’affaires

Les agrégateurs de marchands cherchent à enrôler le maximum de petits commerçants en basant leur modèle d’affaires sur la théorie de la longue traine (cf. allusion au « long tail » décrit par l’économiste Chris Anderson). Leur modèle est souvent basé sur un coût mensuel pour l’acquisition par le marchand du matériel couplé à un pourcentage prélevé sur chaque transaction. Sur la part variable, le taux de commission est plus ou moins de 2,75% alors que, pour mémoire, les commissions d’acquisition des cartes bancaires, en mode carte présentes, tournent en moyenne autour de 0,3% ! Une sacrée différence, qui pourrait tourner au bénéfice des banques qui savent déjà opérer selon ce modèle économique.

Voici une petite étude de marché des mPOS agrégateurs marchands :
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Sources : Sites internet des sociétés citées.

Nous sommes donc proches d’assister à une avalanche d’offre mPOS en France – même si peu d’entre eux résisteront aux contraintes réglementaires très strictes, et auront les reins assez solides pour conquérir de vastes parts de marché. D’autres agrégateurs mPOS se baseront sur des solutions techniques existantes, déjà certifiées EMV level 2, se différentiant seulement sur leur stratégie de conquête des commerçants (et non leur brevet technologique). Une rude bataille en perspective.

Les banques conservent tout leur puissance de feu pour mettre leur solution m-POS à la disposition de grands acteurs tels que des compagnies d’assurance ou des enseignes qui souhaitent créer des postes de vente mobiles, mais aussi pour les marchés professionnels (livraison à domicile, paiement comptant à livraison, etc.), ce qui leur permet déjà de toucher des marchés avec des volumes de transactions par m-POS beaucoup plus important et avec des paniers moyens plus élevés.

Globalement, le modèle d’affaire sera différent des US car le matériel requis sera plus cher tandis que les commissions bancaires européennes sont nettement plus faibles. Mais rappelons que la solution EMV level 2 apporte une meilleure sécurité, ce qui se traduira par des économies significatives sur les fraudes. Ainsi, avec des briques technologique bien choisies, les banques ont les moyens de mettre sur le marché leur offre m-POS avec des conditions proches de celles des TPEs actuels (basée sur la location ou l’achat du terminal) en appliquant les commissions actuelles standardisées. De ce fait, elles peuvent tout simplement tuer dans l’œuf la concurrence des agrégateurs !

Mais si les banques Européennes veulent profiter de la manne accessible par le canal m-POS, c’est maintenant qu’elles doivent le faire pour assurer leurs parts de marché.

En conclusion, face à la déferlante des solutions m-POS, les banques ont une réelle opportunité de lancer leur service avec des briques technologiques qui existent, proposées « en marque blanche », et surtout en capitalisant sur le lien étroit entre transactions « carte présente » et les mWallet qu’elles proposent déjà à leurs clients. Sur ce point, 4GSecure / SCCP Group présente une offre complète et intégrée aux banques pour leur permettre de traiter tant les flux d’émission (mWallets) que d’acquisition (m-POS).

Et pour cela, elles qui disposent toujours du meilleur capital : la confiance du marché.

Hugues Courcier – SVP Business Development Europe 4GSecure / SCCP Group

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