Peut-on refuser Internet ?

Malgré ses imperfections, Internet entre dans nos vies ! Peut-on s’opposer à ce mouvement ?

Chacun conjugue Internet à sa façon. Nos amis britanniques l’ont adopté sans hésitation ; avec toute sa gamme d’applications. Les attardés qui renâclent encore à s’en servir (ceux qui font gloire de leur originalité passéiste) appartiennent à un autre âge ou bien vivent dans une société rurale centrée sur la vie maritime ou l’élevage de moutons. Suzanne Moore, dans le journal The Guardian, s’amuse de l’exception culturelle française dont témoigne ce projet de loi qui voudrait déconnecter de l’Internet les employés des entreprises de plus de 50 personnes le samedi et les jours fériés. Qui donc, en France, pourrait encore se passer de l’Internet et se déconnecter ainsi du monde ? Le portable et la tablette sont devenus les compagnons les plus indispensables, de jour comme de nuit, et les lois françaises (ou européennes) ne changeront rien à la situation, même pour les entreprises de moins de 50 personnes. Le portable n’est-il pas l’outil et même le sésame le plus indispensable aux travailleurs migrants, aux réfugiés, aux étudiants, aux enfants en voyage ou à la maison ?

Nous avons de plus en plus besoin de ces applications imparfaites, fragiles et dangereuses parce que non protégées. Chacun le sait, mais le risque n’existe que pour les personnes crédules et pourtant, personne n’est infaillible. De grandes banques se font soulever des sommes importantes chaque semaine, malgré la pléiade d’experts dont elles s’entourent. Qui écrira un jour la vie joyeuse et débridée des experts en sécurité de réseau dont le slogan commercial pourrait-être  « La compagnie Sysiphe Protection assure votre tranquillité pour la nuit qui vient seulement ». Personne ne sait d’où vient la fraude et au fur et à mesure que l’on colmate les points faibles, les pertes se prolongent par d’autres portes ouvertes sur l’arrière-cour bancaire. Personne n’est en mesure d’arrêter la progression de l’Internet, dont il faut (mais pourquoi donc ?) augmenter le débit de tout côté. Qui va payer cette folie d’un TGV traversant tous les hameaux de village pour délivrer des applications qui ne sont pas encore connues et dont l’utilité et la viabilité restent à prouver ? Pouvons-nous faire connaître notre opposition à des décisions internationales au moyen d’un concert de tambours africains ?

Quelle que soit notre réaction, les acteurs dominants veillent à mettre en place leurs stratégies. Facebook et Microsoft s’associent pour poser un câble sous-marin de 6 600 kilomètres entre les États-Unis et l’Espagne. Il faut bien entendu aider ces investisseurs à gérer plus facilement le Cloud qui stockera les données privées des Internautes, ceci « pour mieux les servir, mon enfant ! », pour reprendre les termes d’un conte pour enfants. Ce changement de métier s’inscrit dans la ligne de l’évolution de l’Internet. Autre cachotier qui nous avait bien caché son changement de métier, Google se fait créateur de composants spécialisés en Intelligence artificielle avec la sortie commerciale de son TPU (TensorFlow Processing Unit), indispensable à sa messagerie. Ce qui n’est pas tout à fait un hasard !

Comment résister à ce flux d’innovations venu d’ailleurs ? Les Français aiment aussi l’Internet, mais ils se réfugient dans le passé. Comment rejoindre les grands acteurs de l’Internet ? Peut-on, dans ce sens, édifier une stratégie nationale pour l’innovation et l’emploi qui soit réaliste ?

Bonnes lectures sur le Smart-Webzine

Daniel BATTU

Rédacteur en chef

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