Science, Culture, Education et Technologies numériques

Dans les prochaines années, le réseau mondial Internet va remplacer les antiques réseaux téléphoniques commutés créés par les anciennes Administrations nationales des PTT. Internet est le résultat de la conjonction des efforts des industriels du monde entier, efforts qui ont été coordonnés par les instances internationales de normalisation technique. Cette normalisation globalisante, orchestrée par l’UIT, l’ISO, l’ICE, le 3GPP, l’ETSI, pour ne citer que ses principales entités, a été créée par l’ensemble de l’industrie mondiale et pour le bénéfice de l’industrie elle-même, les instances de réglementation n’en jugeant que la pertinence par rapport aux traités commerciaux en vigueur entre les Etats et les groupes d’Etat.

Ce qui va disparaître, dans cette transformation, ce sont les notions de service public et de qualité de service évaluées, non pas selon les critères imaginés par des techniciens compétents, mais par des utilisateurs de toute catégorie, appartenant à des pays de tout niveau de potentiel économique et aussi par des utilisateurs disposant de tout niveau de capacité de compréhension de ces nouvelles technologies. En principe, que l’utilisateur appartienne à la catégorie des « Computeur literates », des « Geeks », des« Digital beginners », de personnes souffrant d’un handicap, ou que cet utilisateur ait, de par sa naissance ou de sa formation initiale, une compréhension intuitive du fonctionnement de terminaux, il « doit » dans un délai convenable, pouvoir être en mesure de tirer profit des facilités des réseaux de nouvelle génération que représente Internet, ainsi que des autres accessoires qui lui sont éventuellement raccordés.

Or, nous sommes loin du compte. En ville et dans les milieux professionnels, des formations payantes ciblées existent, mais en dehors de ces cercles, c’est le désert. Il faut bien avouer que les Seniors et les personnes souffrant d’un handicap éprouvent bien des difficultés à se rapprocher du « mythe de l’Internet pour tous » si souvent évoqué dans les réunions officielles. Disons les choses plus largement, les Technologies de l’Information et de la Communication répondent beaucoup plus aux vœux des industriels et des grands acteurs de l’Internet que des espoirs d’une assez grande partie de la population mondiale, laquelle, ne dispose pas de système de représentation dans les cercles de normalisation technique. Car, en effet, il ne suffit pas d’afficher un mode d’emploi sur un des nombreux sites de l’Internet pour résoudre les questions d’ergonomie, puisque la première phase de la connexion (l’accès au service) n’est jamais expliqué complètement, ni par l’industriel, ni par l’exploitant. En France, moins de 25 % des seniors sont capables de lire et d’écrire un SMS (une norme vieille de 30 ans). C’est sans doute par précaution, que les statistiques publiées ne prennent jamais en compte la population des plus de 65 ans.

La question se pose donc, en France comme ailleurs, de savoir qui pourrait-être en mesure, de répondre aux besoins de formation les plus immédiats de connexion ou d’usage des TIC. C’est une question qui se posera en permanence, compte tenu de la mouvance continue des TIC et de la pluralité acceptée implicitement par les cercles de normalisation des savantes options des systèmes d’exploitation et profils originaux (ou « intelligents ») des interfaces des équipements.

Il est visible, aujourd’hui, que le nombre de services Internet offerts gratuitement va décliner du fait de la réduction de la manne publicitaire. Il va donc falloir se tourner vers l’organisme qui depuis fort longtemps avait plaidé en faveur de la création d’un réseau d’information mondial et gratuit, ceci dans le but de diffuser à tous les mérites et les richesses de la Science, de la Culture, et de l’Education. C’est donc à l’UNESCO que devrait revenir la charge de sites d’aide à l’accès aux TIC et à l’Internet, à la formation de formateurs locaux grâce à des services adaptés de formation gratuite en ligne ( Massive Open Online Courses, ou MOOC) et à un soutien complémentaire aux instances de réglementation sur le plan de l’assistance aux Seniors et aux personnes souffrant d’un handicap.

Seul, et parce que cette tâche s’inscrit maintenant dans son périmètre de responsabilité aux côtés du rôle que les industriels se sont attribués, l’UNESCO peut prendre en charge, dans tous les pays et pour le bénéfice de tous, les tâches de service public et de qualité de service nécessaires à l’accès aux nouvelles technologies numériques et à l’Internet. Cet anneau manquant, dans la chaîne de l’accès des connaissances pour tous, peut être mis en place rapidement car l’UNESCO est sans doute l’organisme tout à fait qualifié pour jouer ce rôle avec indépendance et objectivité.

Des vœux que nous formons avec conviction dans l’intérêt de tous !

Daniel BATTU

Rédacteur en chef

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